Il ne faut pas confondre des bas et débat

Le débat n’est pas une pratique particulière de communication entre bipèdes évolués mais un véritable art. Un débat requière de la part des protagonistes, respect, écoute, sincérité et intelligence. Une excellente préparation est donc nécessaire. Chacun des intervenants devra maîtriser parfaitement son sujet. Tout cela s’acquière à force d’expérience. Avant un débat, il faut récolter des informations et les assimiler (trier, comprendre, mettre en perspective, etc…). Pendant le débat, il faut savoir garder son sang froid et apprendre à raisonner de manière logique et structurée.

Ça, c’est la théorie! Mais l’adage ne dit-il pas « J’aimerai vivre en Théorie car en Théorie tout se passe bien »? L’art du débat tel qu’exposé ci-dessus demande beaucoup de préparation et beaucoup de temps. C’est réellement chronophage et peut devenir usant moralement à force.

Don’t panic! L’art du débat n’est heureusement pas réservé à une élite. Croire cela serait oublier le véritable but de tout débat: convaincre. Si vous n’êtes pas gangrené par une quelconque éthique personnelle inutile et superflue, alors s’offre à vous la possibilité de recourir à certaines techniques de débats éprouvées et efficaces, j’ai nommé les sophismes, ou raisonnements fallacieux. Pour être bien maîtrisées, ces techniques demandent de la pratique. Heureusement, on peut déjà être à même de bien énerver son adversaire assez rapidement. Le débutant devra avant tout et surtout comprendre une chose: la clef du succès repose sur votre aptitude à faire preuve de la plus grande mauvaise foi possible. Certains diront que beaucoup de gens utilisent des raisonnements fallacieux en toute bonne foi, sans volonté a priori de tromper. C’est vrai mais en fait, dans ce cas, il s’agit plutôt de paralogismes. Si vous savez que vous avez raison, alors peu importe les moyens. Il sera toujours plus facile de tromper les gens si l’on a la volonté de les tromper. Un objectif est plus facile à atteindre si l’on maîtrise les outils que l’on se donne pour y arriver, c’est un fait. Parmi les sophismes les plus puissants se trouvent l’attaque ad hominem, l’argument d’autorité, l’homme de paille, le hareng fumé, l’argumentum ad populum, la pétition de principe, la pente glissante, l’appel à la terreur ou à l’émotion et le renversement de la charge de preuve. Nous les passerons en revue par la suite. Vous constaterez certainement que vous les avez déjà rencontrés au cours de débats animés avec des collègues, la famille et surtout vos « amis » Facebook. En fait, vous les avez sûrement déjà utilisés sans le savoir (avec la volonté de tromper ou non). Heureusement, ce billet va vous permettre de vous épanouir pleinement dans l’art subtil de la tromperie intellectuelle.

Cependant, il convient de garder à l’esprit que le développement de vos capacités de raisonnement (honnête ou fallacieux) n’est pas le seul point de passage obligé pour appréhender l’art du débat. En effet, il reste toujours la possibilité de développer, non pas ses capacités de réflexion mais ses capacités musculaires. Ainsi, après de longues heures d’entraînement passées dans les salles de musculation à suer sang et eau, vous pourrez, à l’instar de Jésus, vous aussi, distribuer des pains. Soyeux généreux car la Sainte Bible nous enseigne que toute bonté est toujours récompensée. De fait, on ne pourra contester la force de conviction d’un poing fermé lancé à pleine vitesse. Bref, si vous choisissez cette option, il vous faudra conjuguer force, rapidité et dextérité. Conjugaison difficile mais néanmoins plus accessible que celle contenue dans le Bescherelle.

Bien que ce billet porte sur les sophismes, nous noterons qu’il n’existe aucunes contre-indications à associer argumentation raisonnée, fallacieuse et impulsive. Trêve de bavardages, entrons maintenant dans le vif du sujet.

L’homme est un loup pour l’homme

A moins d’être extrêmement bon en impro ou en bluff, il est préférable, avant un débat, de collecter des infos. C’est généralement utile pour savoir que répondre. Les honnêtes gens vous diront de chercher des informations en rapport avec le sujet débattu, ce qui, en soi, peut paraître logique. Pourtant, cela n’est logique que si l’on suppose qu’à un argument, il faut répondre par un contre-argument. Or, les honnêtes gens oublient souvent qu’il est plus facile d’attaquer la personne que son argumentation. Cela porte le doux nom d’attaque ad hominem. Technique bien connue en politique.

ad-hominem

Grâce à Internet, il est devenu plus facile et rigolo de jouer au fouille-merde. Bref, fouiller le présent et le passé d’une personne. Qu’a-t-il fait comme études? Pour qui a-t-il travaillé dans le passé? Pour qui travaille-t-il? Appartient-il à une association quelconque? (Important) A-t-il eut un discours différent dans le passé? ect…

En général, tout le monde a des cadavres dans ses placards, exploitez-les !

Un pour tous et tous pourris

Décrédibiliser une personne en évoquant ses contradictions, son passé ou son travail est un bon début. Mais il existe plus sournois et plus perfide encore: le déshonneur par association. Késako? Hé bien, il s’agit tout simplement de discréditer une personne en utilisant sa famille, ses collègues, ses amis ou toute personne appartenant à son réseau social.

Les politiques adorent ce petit jeu : « Les téléspectateurs avisés auront remarqué que vous-même et votre parti défendez une politique budgétaire suicidaire pour le peuple alors qu’on se rappelle tous que Mr Machin avait dû démissionner en 2008 parce qu’il avait caché toute sa fortune aux Bahamas. C’est l’hôpital qui se fout de la charité! ».

Mentez, mentez, il en restera toujours quelque chose

Il faut savoir qu’une fois bien installée, une croyance ou une rumeur est TRÈS difficile à éliminer. Pire, une fois qu’une personne devient méfiante vis à vis d’un sujet (vaccin, complot, OGM, …), celle-ci aura tendance à accumuler de plus en plus d’informations confirmant son a priori (biais de confirmation). A part les scientifiques (et encore…), la plupart des gens ne prennent pas le temps de vérifier la fiabilité de leurs sources (contenu, provenance, références, …). La clef est de faire du forcing pour réussir à implanter la graine du doute. Une fois fait, vous avez gagné et pour longtemps!

Un exemple frappant est la croyance entre un lien de cause à effet vaccin ROR – autisme. Même après que Wakefield ait été confondu pour fraude, la croyance resta longtemps bien ancrée dans la tête de beaucoup de gens et sévit même encore aujourd’hui. Cette croyance a eu et a donc des conséquence néfastes. La seule parade contre les nouvelles croyances et les rumeurs reste la prévention. S’il est trop tard, les tentatives de désamorçage tomberont souvent dans le piège de l’effet backfire.  En fait, pour combattre une croyance, il faut plutôt utiliser la méthode KISS. Mais trop peu de gens la connaissent et elle est difficile à mettre en œuvre.

Une première technique pour propager efficacement une théorie fallacieuse ou une croyance part du principe que démêler des mensonges, demi-vérités et arguments épouvantails prend un temps infiniment plus long que de les créer. Ainsi, le Gish-Gallop (ou spreading), consiste à balancer de fausses affirmations (ou très douteuses) le plus rapidement possible. Du bourrage de crâne en somme. A l’écrit, cette technique se traduit souvent par des listes intitulées « 100 raisons qui prouvent que le changement climatique est naturel » ou « 50 preuves du pouvoir de l’esprit sur la matière ». Le Gish-Gallop se nomme ainsi en l’honneur du créationniste Duane Gish, inventeur de cette merveilleuse machine de guerre. C’est typiquement bourrin et donc très agréable à utiliser. Aucune subtilité. Moi, je suis fan, pas vous? Pour finir de vous convaincre de l’utilité de cette tactique, sachez qu’elle a été utilisée par Romney pendant le campagne présidentielle américaine de 2012.

RomneyLies

Une deuxième technique est, non pas balancer une myriade d’arguments, mais de répéter un grand nombre de fois le même argument. C’est aussi du bourrage de crâne. Cela s’appelle PRATT ou Point Refuted A Thousand Times. Bien que l’argument ait été débunké (= démystifié) à de nombreuses reprises, le jeu consiste à le répandre encore et encore. Une information répétée dans plusieurs sources semble plus plausible pour beaucoup de gens. D’autre part, on suppose que l’adversaire, désabusé par tant de crédulité et de non vérification des sources, finira par abandonner. Quand un argument a été réfuté à de multiples reprises, comment les gens font pour ne pas trouver cette info. Hé bien, c’est simple, ils se limitent à une source ou un type de source en particulier (biais de confirmation). Souvent, ils lisent l’article principal (presse, blogs, …) mais pas les commentaires. Les rapides d’esprit auront sans doute compris que cette technique peut également être utilisée pour décrédibiliser une affirmation vraie avec une contre argumentation. La fausse contre-argumentation étant rabâchée encore et encore.

Ces deux techniques (Gish-Gallop et PRATT) ont le dont d’énerver et de fatiguer moralement l’adversaire. C’est vraiment très vilain mais particulièrement jouissif.

Tout flatteur vit au dépend de celui qui l’écoute

Tout le monde se souvient en principe de la fable du corbeau et du renard. La morale étant bien entendu que chacun d’entre nous sommes sensibles à la flatterie. Certes, nous connaissons tous nos indéniables qualités et points forts mais nous aimons en plus qu’on nous les rappelle de temps en temps. Flattez votre public pour le gagner à votre cause. Nous ne sommes pas des êtres rationnels mais empathiques (bien que cette empathie ne soit jamais en réalité désintéressée). Sachez vous servir de phrases du type « le peuple Français, Monsieur, est suffisamment intelligent pour comprendre que votre plan pour la France est voué à l’échec » ou encore « Aujourd’hui, le public peut mieux s’informer grâce à internet. Oui Monsieur, les gens savent aujourd’hui éviter les pièges de la désinformation politico-économico-journalistique. Ils sont actuellement en mesure de prendre les meilleures décisions en ce qui concerne les choix futurs pour la société de demain. ». Internet a certes multiplié la quantité d’informations disponibles mais c’est oublier que quantité n’est pas qualité. Qu’importe, flattez votre auditoire et faites lui croire qu’il sera toujours en mesure de prendre des décisions « éclairées » (par vos lumières, cela va de soi).

A l’abordage, souquez les artimuses !

A L'ABORDAGE

Après une lecture attentive de ce premier billet, vous avez en main quelques outils qui vous permettront de vous lancer à l’assaut de débats polémiques. Je suis certain, chers disciples, que vous saurez faire honneur à la mauvaise foi qui nous habite tous. Votre prochaine réussite me comble d’avance d’une joie incomparable.

Sur internet (forums, Facebook, Twitter, site de presses, …), ou mieux, en famille, lancez des sujets de Trolls (politique, religion, capitalisme, médecines douces, Linux vs Windows, Eric Cantona, le film Prometheus, Ségolène Royal, …) et pourrissez le débat. C’est en forgeant qu’on devient forgeron. Rien ne vaut la pratique.

Une fois bien maîtrisées les différentes tactiques exposées ci-dessus, je vous invite à rejoindre le second volet de « Il ne faut pas confondre des bas et débat« . Prenez soin de votre foie et cultivez votre mauvaise foi. Mais surtout, n’oubliez pas qu’il y a plus de morts liés à des accidents de la route que de personnes mortes de problèmes liés au foie alors si il faut choisir entre boire et conduire, moi, à votre place, je choisirais la gnôle.

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2 responses to “Il ne faut pas confondre des bas et débat”

  1. Nicolas says :

    Concernant les techniques à mettre en place dans un débat, « L’art d’avoir toujours raison » (Schopenhauer) reste une référence !

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  1. Le berger et les brebis égarées | Faisons Avancer Le Schmilblick - septembre 1, 2013

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