Il ne faut pas confondre des bas et débat – le retour

Voici le deuxième billet concernant l’art du débat. Je vous propose de continuer en expliquant 3 autres techniques d’argumentation fallacieuses. Ce sont des techniques bien connues et parmi les plus utilisées.

Jacques a dit

Ce que l’on appelle argument d’autorité, ou  plus savamment argumentum ad verecundiam, est un grand classique du genre. Le principe est simple. Soit reprendre les propos d’une figure faisant autorité (Prix Nobel, philosophes, figures emblématiques: Einstein, Gandhi, Martin Luther King, …), soit utiliser ses diplômes, sa formation, ses prix reçus, …

Au cours d’un débat, on préférera le recours à une figure extérieure qui servira de caution. Il s’agit souvent de citations, vraies ou fausses. Le numéro un en terme de citations reste l’indétrônable Einstein.

L’utilisation des diplômes se retrouve très généralement dans la section « Que suis-je » des sites personnels des gourous et charlatans. Les exemples sont légions sur le net. Le propriétaire du site internet utilisera tout diplôme ou formation, même si elles sont très courtes et non reconnues.  Des techniciens en statistiques deviennent des « mathématiciens ». Certains n’hésitent pas non plus à mettre en avant toute compétence acquise de façon autodidacte. On rencontre ainsi des « physicien, épistémologue et pédagogue ». Formé aux techniques thérapeutiques de … (très longue liste). Conférencier depuis plus de 15 ans. etc etc … ». Inspirez-vous des pages auto-biographiques de ces thérapeutes ou fondateurs de mouvements « citoyens ». N’oubliez pas que peu importe les moyens, seuls le résultat compte.  L’image compte plus que le contenu.

Poisson pas frais

Ordralfabetix

« Comment ça il est pas frais mon poisson! Viens me le dire en face qu’il est pas frais mon poisson! ». Hé bien non, ton poisson, il est pas frais!  Et pour cause, la technique dite du hareng fumé est particulièrement nauséabonde. Autrefois paraît-il, les prisonniers en fuite laissaient des harengs fumés derrière eux pour distraire les chiens pisteurs et les détourner de leur piste. Ici, même procédé. Si vous vous retrouvez en difficulté face un argument adverse ou si le débat tourne mal pour vous, réorientez le. Changez la donne et faites glisser la discussion sur un terrain sur lequel vous vous sentez plus à l’aise. C’est un coup classique utilisé par les défenseurs des médecines douces. Si vous rentrez dans des détails trop techniques pour montrer l’absurdité de certaines pseudo-théories ou si vous invoquez des méta-analyses montrant que telle out telle médecine douce n’est pas significativement différente de l’effet placebo, vous aurez immanquablement droit aux scandales sanitaires ou à l’argument du lobbying. Pourtant, comme le dit Ben Goldacre: « repeat after me: pharma being shit does not mean magic beans cure cancer.« .

Autre exemple classique. Soit un débat sur l’emploi dans le secteur public. « Vous dites, Monsieur le ministre, vous allez créer 10.000 emplois dans l’enseignement public et vous comptez revaloriser le salaire des pompiers. Mais que faites-vous contre ces banques qui réquisitionnent l’argent des honnêtes travailleurs et détruisent le pouvoir d’achat. Rien Monsieur! Vous ne faites rien! La semaine dernière, notre parti a déposé un ensemble de propositions visant à rendre aux Français ce qui appartient aux Français. »

Vous l’aurez compris, faites diversion en n’oubliant pas de prendre dès le début une attitude offensive pour obliger l’adversaire à se défendre.

Prouvez moi que j’ai tort!

Peut être êtes-vous déjà tombé sur ce genre de personnes qui pensent que dire ou écrire une affirmation est suffisant. Toute affirmation est considérée comme vraie tant qu’elle n’est pas contredite. Ainsi, ces personnes considèrent que la charge de preuve revient aux détracteurs. Cette vision des choses un peu particulière porte le nom de renversement de la charge de preuve. Comme pour le Gish-Gallop, affirmer est facile mais donner une (contre-)preuve est notamment plus complexe et prend du temps. Ainsi, grâce au renversement de la charge de preuve, on évite de s’épuiser. Votre opposant le fera à votre place si c’est une bonne poire. Vous avez en général de bonnes chances que ce le soit. Néanmoins, comme le disait ce bon vieux Euclide: « Ce qui est affirmé sans preuve peut être nié sans preuve ». Les plus perspicaces auront reconnu un argument d’autorité. Ceux qui n’ont rien vu doivent continuer à s’entraîner.

Pour ceux qui veulent aller plus loin

Pour ceux qui n’en auraient pas eu assez, je ne peux que vous conseiller la lecture de ce lien. Les plus curieux d’entre vous y trouveront nombre d’autres techniques permettant de devenir encore plus performant dans l’art du cultiver la mauvaise foi.

A bientôt pour de nouvelles aventures. J’espère que maintenant, vous aurez beaucoup de plaisir à vaincre sans périls.

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