Homéopathie, chiens et feux d’artifice

Vous vous demandez surement quels liens associent homéopathie, chiens et feux d’artifices. Bonne question. La réponse est dans cet article. De quoi s’agit-il? Et bien d’une étude en double aveugle avec un groupe contrôle placebo testant l’efficacité d’un remède homéopathique destiné à traiter la peur des feux d’artifice chez les chiens. Le médoc s’appelle Canis familiaris. Oui, la langue des homéopathes est le latin.

L’homéopathie est régulièrement utilisée en médecine vétérinaire et chez les bébés. Les effets bénéfiques constatés dans ces 2 groupes sont utilisés comme argument massue de la preuve de l’efficacité de l’homéopathie. Les animaux et les bébés n’ont pas conscience qu’ils ingurgitent des médicaments. Donc, nous avons la preuve formelle que si il y a des effets bénéfiques, alors cela ne peut pas être dû à un quelconque effet placebo.

Wait a minute…

Dans ce raisonnement répandu, il y a une ambigüité forte sur la notion d’effet placebo. Pour la plupart des gens, donc dans l’imaginaire collectif, effet placebo = effet DU placebo et il est initié par un processus conscient (c’est-à-dire parce que le sujet sait/pense qu’il suit un traitement). La réalité est loi d’être aussi simple. Dans l’article qui fait l’objet de ce billet, un placebo est définit comme suit:

A placebo is any ‘‘intervention that has a non-specific, psychological or psychophysiologic therapeutic effect … but is without specific activity for the condition being treated’’ (McMillan, 1999).
Ainsi, l’effet placebo est définit comme un effet « non-spécifique ». Vous vous dites surement que cette définition est très large et vague. Vous avez raison.
Pour commencer, je vais tenter d’expliquer comment on évalue l’effet « spécifique » d’un médicament. Pour tester l’efficacité d’un médicament, on réalise ce que l’on appelle un RCT ou Randomized Controlled Trial. Dans ce type d’étude, les patients sont répartis en 2 groupes: le premier reçoit le médicament testé et le second un placebo. L’effet « réel » (=spécifique) du médicament est définit comme étant la différence de l’effet observé dans chacun des 2 groupes. En clair:

Effet spécifique = Effet mesuré dans le groupe « médicament testé » – effet mesuré dans le groupe « placebo ».

Dans un RCT, on mesure l’effet non-spécifique (l’effet placebo du RCT), en regardant simplement ce qu’il se passe dans le groupe placebo. L’effet non spécifique comprend donc l’évolution naturelle de la maladie, divers effets statistiques (régression vers la moyenne, effet Simpson, effet Hawthorne, …) et finalement un effet placebo « vrai » résiduel (qui est l’effet placebo de l’imaginaire collectif). Dans cet article, le terme d’effet placebo « vrai » est remplacé par effet contextuel pour éviter toute confusion.

placebo

Autre point important concernant les RCT, ces études sont généralement effectuées en double aveugle. C’est-à-dire que ni les patients, ni les médecins ne savent pas a quel groupe un individu appartient. La raison est que les attentes des patients ne constituent pas le seul facteur à l’origine d’un effet contextuel. Celles des médecins ont aussi un impact non-négligeable et peuvent influer sur le ressenti du patient ou inciter celui-ci a témoigner dans le sens attendu par le médecin.

Cela se complique encore plus dans le cas des animaux et des bébés car ces derniers ne peuvent s’exprimer verbalement. Ce sont donc les vétérinaires et éleveurs (médecins et parents) qui devront interpréter le ressentit de leurs animaux (bébés). Pour mieux comprendre les implications de cette « découverte », regardons d’un peu plus près ce fameux article. Dans l’abstract, on peut lire que 75 chiens identifiés comme sujets à la peur des feux d’artifices ont été répartis en 2 groupes. On y lit également:

At the baseline assessments the owners identified the behavioural signs of fear that their dogs normally displayed in response to fireworks, rated their frequency and intensity, and assessed the global severity of their dog’s responses. These measures were repeated at the final assessment and owners also completed weekly diaries for the length of the trial.

Ce sont donc les maitres qui ont noté et évalué les effets du médicament (ou placebo) donné à leurs chiens. L’évaluation du changement de comportement des chiens se fait à l’aide d’une grille (voir Table 3 page 83 dans l’article). Les critères sont évidement subjectifs (biais d’interprétation en vue).

A la fin de l’essai, quels sont les résultats? Je vous le donne en mille: les maitres constatent une amélioration similaire dans les 2 groupes. Bref, il y a bel et bien un effet constaté mais il est non-spécifique. En guise de conclusion, les auteurs de l’article écrivent ceci:

No evidence for the specific efficacy of homeopathy for the treatment of fear of noises was found in this study. However, significant improvements were reported with both the homeopathic and placebo treatments with approximately a 41–45% improvement in the behavioural signs of fear, an improvement seen in 68% of subjects and an approximate 10% complete recovery rate.
Evidence from this study highlights the caution required when interpreting the results of uncontrolled treatment trials for the management of fear of noises in dogs. To find the true efficacy of a treatment it is necessary to compare results to that of a placebo under the same circumstances. (c’est moi qui met en gras)

Donc, la prochaine fois qu’on vous martèlera « Ça marche sur les bébés et les animaux. Ça ne peut pas être un effet placebo », vous saurez qu’il n’en n’est rien. Il ne faut pas négliger le biais d’observation extérieur.

De plus, dans le cas d’une maladie, il ne faut surtout pas oublier l’évolution naturelle de celle-ci. En effet, c’est une erreur courante que d’associer un quelconque traitement à une guérison survenant à posteriori. Le traitement n’est pas forcément la cause de la guérison. Pour le savoir, il faut comparer avec un groupe placebo. Pour information, cette erreur de penser que 2 évènements corrélés dans le temps (traitement puis guérison) ont forcément un lien de cause à effet est appelé post hoc ergo propter hoc. Comme les homéopathes, moi aussi je peux faire du latin =D.

Pour un autre point de vue plus approfondi sur l’utilisation de l’homéopathie en médecine vétérinaire, vous pouvez aussi consulter cet article.

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5 responses to “Homéopathie, chiens et feux d’artifice”

  1. Mofo Bun-Haya says :

    Vu le nombre de gens qui pensent que le placebo c’est magique (ce qui accrédite indirectement les pseudo-sciences et la supposée limitation de la science), c’est le genre de truc que tout le monde devrait lire, voire qu’on devrait apprendre à l’école. Merci pour cet article!

    • schmilblick says :

      Merci pour votre commentaire. En effet, l’invocation de « l’impossibilité » d’effet placebo chez les bébés et animaux est malheureusement récurent chez les partisans de l’homéopathie.

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