Homéopathie, quelques préliminaires

L’homéopathie est une médecine « douce » populaire, notamment en France et en Inde. Elle repose sur les principes de 1) similitude, 2) individualisation et 3) dilutions infinitésimales (pour un bref résumé, voir ici). Elle fut développée il y a environ deux siècles par un certain Samuel Hahnemann, médecin allemand. Bien que populaire, cette médecine est controversée pour plusieurs raisons:

Quelques petits rappels

  • Les médicaments homéopathiques sont obtenus à la suite de dilutions successives: dilution au dixième (DH) ou au centième (CH) avec agitation vigoureuse (dynamisation) à chaque étape. Étant donné le nombre d’Avogadro (6,022 × 1023 mol−1), les valeurs de dilution de 12CH et au-delà aboutissent statistiquement à moins d’une molécule active par dose. D’autre part, à de tels niveaux de dilution, il devient très difficile de ne pas contaminer la solution, sans compter que la pureté du solvant n’est jamais absolue.
  • Les remèdes homéopathiques jouissent d’un statut juridique d’exception, notamment en France et en Belgique. Dans le cas de la France, que peut-on lire?

    Ne sont pas soumis à l’autorisation de mise sur le marché prévue à l’article L. 5121-8, les médicaments homéopathiques qui satisfont à toutes les conditions énumérées ci-dessous :

    1° Administration par voie orale ou externe ;

    2° Absence d’indication thérapeutique particulière sur l’étiquetage ou dans toute information relative au médicament ;

    3° Degré de dilution garantissant l’innocuité du médicament ; en particulier, le médicament ne peut contenir ni plus d’une partie par 10 000 de la teinture mère, ni plus d’un centième de la plus petite dose utilisée éventuellement en allopathie, pour les principes actifs dont la présence dans un médicament allopathique entraine l’obligation de présenter une prescription médicale.

    Toutefois, ces médicaments homéopathiques doivent faire l’objet, avant leur commercialisation ou leur distribution à titre gratuit ou onéreux, en gros ou au détail, d’un enregistrement auprès de l’Agence Nationale de  Sécurité du Médicament et des produits de santé (ANSM).

    Dans les documents requis afin de constituer le dossier de demande d’enregistrement d’un médicament homéopathique (Article R5121-106), on peut lire au point 8:

    Un document justifiant, sur la base d’une bibliographie adéquate, l’usage homéopathique de chaque souche, sans que la preuve de l’effet thérapeutique soit requise, et définissant le degré de dilution à partir duquel l’innocuité est garantie (c’est moi qui souligne).

    Le cas de la Belgique est similaire. Bref, pour être mis sur le marché, un remède homéopathique n’a pas à fournir la preuve de son efficacité. Par contre, son degré de dilution doit être mentionné pour garantir de son innocuité. Car en effet, les ingrédient utilisés pour les préparations homéopathiques sont choisis car ils sont capables de provoquer certains symptômes chez une personne saine (principe de similitude).

  • L’histoire de la mémoire de l’eau commence véritablement avec la publication en 1988, dans la très célèbre revue Nature, d’un article de Jacques Benveniste intitulé: Human basophil degranulation triggered by very dilute antiserum against IgE (Nature Vol. 333 on 30 June 1988). L’article est cependant publié avec un avertissement (éditorial « When to believe the unbelievable » du même numéro de Nature). Peu de temps après, une équipe de choc constituée de John Maddox (physicien et directeur de la rédaction de la revue Nature à l’époque), James Randi (illusioniste et célèbre debunker) et Walter Stewart (spécialiste en fraude scientifique) a réalisé une contre-enquête. Les résultats ont été publiés dans un article avec pour titre « « High-dilution » experiments a delusion » (Nature Vol. 334 on 28 July 1988).L’histoire de la mémoire de l’eau est longue, très longue (voir par exemple, le livre « Les mystères de la mémoire de l’eau » de Michel de Pracontal). Elle n’est pas l’objet principal de ce billet. Donc, pour l’heure, faisons abstraction de notre scepticisme (suspension consentie d’incrédulité) et admettons la réalité de cette hypothétique mémoire de l’eau. Dans ce cas, il reste deux « légers » sushis (–> []):
    – Primo, la capacité de l’eau à conserver une trace des substances avec lesquelles elle aurait été en contact ne prouverait en rien le principe de similitude.
    – Deuzio, la majorité des médicaments homéopathiques sont vendus sous la forme de granules, donc la mémoire de l’eau ne suffit pas. Damned! En fait, selon les homéopathes, les effets thérapeutiques d’une préparation homéopathique sont transférés durant la phase d’imprégnation: les granules sont imprégnés par la solution dynamisée puis séchés. En d’autre termes, il existe non seulement la mémoire de l’eau mais aussi celle du sucre. Donc l’information serait indépendante du support. Pour l’histoire, on remarquera que Hahnemann lui-même pensait que la prise d’une préparation homéopathique avec du sucre la rendait inefficace: « En général, il est incroyable combien ce médicament, de même que tout autre, perd de sa force lorsqu’on le fait prendre sur du sucre, par exemple, ou qu’après l’avoir instillé dans une liqueur, on ne remue pas celle-ci. Mais il ne faut pas non plus, après avoir remué la dose, la laisser plusieurs heures sans l’administrer : le véhicule, ainsi tranquille, subit toujours quelque peu de décomposition, ce qui affaiblit ou même détruit les médicaments végétaux mêlés avec lui.« . Récemment, il a même été suggéré que l’information mémorisée par l’eau peut voyager à travers le web (cfr. biologie numérique).
  • En plus de montrer comment elle agirait, il faut d’abord que l’homéopathie démontre un effet spécifique, i.e. significativement supérieur à l’effet placebo. Concernant l’effet placebo, je vous invite à lire ce premier et deuxième billet sur le blog Sham and Science, ainsi que cet article de la revue Science et Pseudo-sciences. Si vous êtes amené un jour (à moins que ce ne soit déjà fait) à aborder le sujet de l’efficacité homéopathie vs placebo, vous aurez immanquablement droit à l’argument massue « Ça ne peut pas être un effet placebo! Sinon, comment expliques-tu que ça marche aussi sur les bébés et les animaux?« . En fait, la réponse à cette question se trouve dans la définition de « ça marche » et de l’effet placebo. Pour comprendre, rien ne vaut un bon exemple: voir mon autre billet à ce sujet.


La popularité grandissante de l’homéopathie est due à plusieurs facteurs: un mouvement de retour à la nature, une relation patient-médecin très forte et la médiatisation de scandales sanitaires. Les gens pensent se soigner facilement et sans effets secondaires grâce à l’homéopathie. Elle est utilisée par la plupart des gens en complément de la médecine conventionnelle pour les pathologies légères (maladies spontanément résolutives, certaines allergies, anxiété, stress, …). De plus, elle est trop souvent utilisée en auto-médication, ce qui est totalement contraire au principe d’individualisation! Selon les principes de l’homéopathie, le remède dépend du patient et pas seulement des symptômes. Seul un homéopathe est en théorie capable de déterminer le bon traitement.

L’homéopathie est une fausse réponse à un vrai problème de sur-médication et de négligence de la relation patient-médecin. La relation patient-médecin n’est pas l’apanage de l’homéopathie. Il faut bien comprendre que les « défauts » de la médecine conventionnelle ne prouvent pas de facto les affirmations pseudo-scientifiques des homéopathes, ni d’aucune autre pseudo-médecine. Une bonne réponse est de défendre une utilisation raisonnée des médicaments et le renforcement de la confiance entre un patient et son médecin.

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