Prophylaxie de la leptospirose à Cuba grâce à l’homéopathie (partie II)

Suite du premier billet sur l’étude tentant de montrer l’efficacité d’un traitement homéopathique pour la prévention de la leptospirose à Cuba.

Petit rappel. En 2007, alors que le nombre de cas de leptospirose augmentait depuis quelques années dans 3 provinces de Cuba (Las Tunas, Holguìn et Granma), les autorités ont décidé de lancer un vaste programme d’homéoprophylaxie étalée sur les 2 années 2007 et 2008. La prophylaxie consiste à administrer à une population à risque un traitement préventif contre une maladie. Il existe un vaccin efficace contre la leptospirose développé à Cuba mais il n’était pas disponible en quantité suffisante en 2007. Le choix des autorités cubaines a été de donner à toute la population des 3 provinces à risque, soit 2.3 millions de personnes, un traitement homéopathique sensé prévenir la propagation de la leptospirose. L’intervention des homéopathes dans les 3 provinces (= région d’intervention) a commencé à la semaine 45 de 2007 par l’administration du remède nosoLEP 200C en 2 doses orales (la deuxième dose est administrée entre 7 et 9 jours après la première dose). Ensuite, 10 à 12 mois plus tard (donc en 2008), la même population a reçu une nouvelle double dose de nosoLEP mais dynamisée à 10 000C cette fois.

Dans le billet précédent, nous avons regardé ce qu’il s’était passé pour 2008. De le présent billet, nous nous concentrerons sur la fin de l’année 2007, lorsque le premier traitement a été administré.

Que s’est-il passé en 2007 ?

Pour l’année 2007, les auteurs se sont intéressés à l’incidence de la leptospirose semaine par semaine dans la région d’intervention et le reste du pays. Pour évaluer l’impact du traitement homéopathique, ils ont comparé l’incidence de la leptospirose observée avec celle prédite par un modèle simulant ce qui ce serait passé sans traitement préventif. Je recopie ci-dessous la figure 2 de l’article:

figure_2_article_leptospirose

nombre de cas de leptospirose calculés vs observés pour l’année 2007

En noir, le nombre de cas de leptospirose observés pour l’année 2007. La flèche dans le graphe B indique le début de l’administration du traitement homéopathique. En rouge (graphe A), le nombre de cas de leptospirose calculés avec, en pointillé, la limite inférieur et supérieur pour l’intervalle de confiance à 95% (= marge d’erreur). En bleu, le nombre de cas observés en 2008. En gris, le nombre médian de cas de leptospirose par semaine pour la période 2000-2006.

Cette figure semble très convaincante. Pourtant, elle repose sur la comparaison entre une courbe d’incidence observée et une courbe d’incidence théorique. Avec quel modèle la courbe rouge, c’est-à-dire l’incidence supposée si pas de traitement prophylactique, a-t-elle été calculée? Malheureusement, les auteurs sont très lacunaires sur le modèle utilisé.

miracle

On apprend juste que les auteurs ont testé 5 modèles différents (lesquels?) ajusté sur la période 2000-2004 et qu’ils ont finalement opté pour un simple lissage exponentiel.  Dans l’article, on peut lire:

Five available forecast models were tested for best fit to temporal series of Leptospirosis cases (dependent) and rainfall (independent variable). To select the best fitting model, all were tested to determine how well they predicted the real temporal series of 2000-2004. The differences between forecast and real values (residual error) were analysed for statistical significance. All models gave similar forecast curves, but simple exponential smoothing was selected as no significant differences were observed when the residual errors were analysed in five out of five different tests with a 95% confidence level while the other five models all failed in one or more tests.

On peut se demander pourquoi tester les différents modèles sur la période 2000-2004 alors que l’évolution de la courbe d’incidence de la leptospirose dans la région d’intervention change radicalement pour les années 2005-2007. Les auteurs ont eu recours à un modèle prédictif parce qu’ils ne disposaient pas d’un groupe contrôle à l’intérieur de la zone d’intervention (voir le précédent billet). Au lieu de comparer 2 incidences observées (avec et sans traitement), on compare une incidence observée avec une incidence prédite par un modèle. Or, ce modèle est simpliste et insuffisamment expliqué.

Timing entre début de la distribution du traitement à la population et les premiers effets visibles

Les auteurs clament, graphe à l’appui (voir figure de la section précédente), que le traitement a montré ses effets préventifs dès la fin de la semaine 47, soit 3 semaines seulement après le début de la distribution du traitement. Si l’on tient compte du temps d’incubation (entre 1 et 2 semaines), cela veut dire que si le traitement homéopathique avait un réel effet préventif, il aurait fallu qu’une large partie des 2.3 millions de personnes concernées ait déjà reçu le traitement à la semaine 46. Hors dans la légende de la figure 2, on peut lire:

At week 48 2007 the coverage was over 70% and 92% at week 50. (70% de la population était traitée à la semaine 48 et 92% à la semaine 50).

D’autre part, on sait que, au final, 96% de la population de la région d’intervention a été traitée en 2007. Donc, en prenant les points (48, 70), (50, 92) et (52, 96), on peut extrapoler le graphe suivant:

Couverture (en %) de la population ayant reçu le traitement homéopathique au cours de l’année 2007.

Ainsi, à la semaine 46, on peut estimer que seulement 40% de la population a reçu le traitement homéopathique. Si la réduction de l’incidence de la leptospirose est bien due à l’homéopathie, alors on peut supposer que l’effet préventif du traitement se transmet par télépathie à d’autres personnes.

Le mot de la fin

Si un jour, vous décidez de vous lancer dans la recherche homéopathique, choisissez soigneusement votre groupe contrôle. Il est nécessaire de choisir un groupe de contrôle suffisamment inadapté de façon à faire émerger les propriétés magiques de l’homéopathie.

Bien entendu, dans le cadre de la prophylaxie à grande échelle, il est conseillé de faire abstraction de principe d’individualisation de l’homéopathie. Ce n’est pas une certaine grosse entreprise, fleuron de l’industrie pharmaceutique Française et vendant l’Oscillococcinum, qui vous dira le contraire.

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