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Pétition de l’IPSN, NON à la vaccination massive des enfants contre les papillomavirus

Actuellement (mai 2015) circule une nouvelle pétition concernant la vaccination DT-Polio. Le Professeur Henri Joyeux apparait dans une vidéo d’appel à signer cette pétition. Malheureusement, il ne s’agit pas du premier coup d’essai du Professeur anti-vaccinaliste.

Auparavant, une pétition pour un moratoire sur la vaccination des jeunes filles contre le HPV avait aussi circulée sur les réseaux sociaux et par mails. La vidéo d’appel à signer cette pétition était hébergée sur le site de l’IPSN ( Institut pour la Protection de la Santé Naturelle ). Une version texte est également disponible. Dans cet appel, le Professeur Henri Joyeux nous met en garde contre les effets indésirables graves des vaccins Gardasil et Cervarix. Il est professeur des universités-praticien hospitalier de cancérologie et de chirurgie digestive à l’université Montpellier 1. Il s’oppose à la proposition du Haut Conseil de Santé publique qui préconise d’introduire massivement dans les écoles la vaccination contre les papillomavirus (HPV) et d’abaisser à 9 ans l’âge de cette vaccination, pour les filles comme pour les garçons. Le but de la vaccination contre les papillomavirus  est de lutter contre le cancer du col de l’utérus et d’autres infections sexuellement transmissibles. Pour le Pr Henri Joyeux, c’est une mauvaise idée car : 1) la vaccination n’offre une protection que de 70% seulement contre le risque du cancer du col de l’utérus tout en exposant les personnes vaccinées à de graves effets secondaires (plus de 26 000 notifiés jusqu’à maintenant dont 435 en France) ; 2) Le dépistage par frottis offre une alternative sans risques et efficace pour lutter contre ce cancer.

Pour comprendre le comment et le pourquoi de cette pétition, je vous propose de nous informer d’abord un peu plus sur les papillomavirus humains (HPV) et sur leur lien avec le cancer du col de l’utérus. Ensuite, nous parcourrons les arguments donnés par le Professeur Henri Joyeux pour mieux appréhender les coulisses de cette controverse.

Les papillomavirus et le cancer du col de l’utérus

Le cancer du col de l’utérus a pour origine des lésions précancéreuses provoquées par le HPV (Human Papilloma Virus). Il existe plus de 150 types de papillomavirus, dont environ 40 peuvent infecter les organes génitaux des hommes et des femmes. Une vingtaine de papillomavirus humains sont à l’origine d’anomalies cellulaires modérées ou sévères, de lésions précancéreuses et de cancers. Le HPV est retrouvé dans 99,7% des cancers du col de l’utérus. Il est donc considéré comme une cause nécessaire du cancer du col de l’utérus (si on a le cancer, c’est parce qu’on a été infecté par le HPV), mais pas suffisante (être infecté par le HPV ne conduit pas automatiquement à avoir un cancer et heureusement !). Dans 90 % des cas, l’infection est transitoire et s’élimine naturellement en une à deux années après la contamination sexuelle. Dans 10 % des cas, l’infection persiste et peut entraîner des anomalies (lésions) au niveau de la muqueuse du col (lésions précancéreuses). Ces lésions peuvent évoluer vers un cancer 10 à 15 ans après l’infection par le virus. Les types 16 et 18 contribuent à eux seuls pour 70 % des cas de cancers du col de l’utérus. La contamination se fait le plus souvent dans les premières années de la vie sexuelle et environ 80 % des femmes sont exposées à ces virus au cours de leur vie. En 2012 en France, on a estimé à ~3000 le nombre de nouveaux cas de cancer du col de l’utérus et à ~1100 le nombre de décès liés à ce cancer.

Les arguments contre la vaccination des petites filles et des petits garçons

Les 2 vaccins actuels appelés Gardasil et Cervarix, comportent des risques d’effets indésirables graves.  Pire, ils vous cachent que ces vaccins ne protègent pas du tout à 100 % contre le cancer du col de l’utérus. La protection est à peine de 70 % ! Cela veut dire qu’une personne vaccinée a toujours 30 % de risque d’attraper le cancer du col de l’utérus.

Le vaccin Gardasil protège contre les types 6, 11, 16 et 18 et le Cervarix contre les types 16 et 18. Ces deux derniers types étant responsables de 70% des cancers du col de l’utérus, on comprend pourquoi ils représentent une protection de 70 % contre le cancer. Je comprends difficilement pourquoi le Pr. Joyeux affirme que cette information serait « cachée ». Les praticiens sont tous au courant et cette information n’est cachée nulle part à moins d’être gravement handicapé de Google.

Le Pr Joyeux insiste également sur le fait qu’une personne vaccinée aurait toujours 30% de risque d’attraper le cancer. En fait, les HPV étant considérés comme une condition nécessaire mais non suffisante, une personne vaccinée n’a pas 30% de chance d’attraper le cancer. Une protection de 70% signifie que sur 100 cancers, 70 auraient put être évités grâce à la vaccination.

Que le Professeur Joyeux se rassure, le développement de nouveaux vaccins nonavalents (contenant 9 types de HPV) est bien avancé et ils permettront une protection de 95 %.

Il y a de bonnes raisons d’être très inquiet. Même mon collègue le Professeur Guy Vallancien, urologue, chef de service à l’Institut Montsouris, membre de l’Académie Nationale de Médecine, qui est très favorable au vaccin, a lui même écrit :
« L’analyse des données de pharmacovigilance a fait état de 26 675 effets indésirables graves dont 113 cas de sclérose en plaques (SEP). »
« En France, 435 cas d’effets indésirables graves dont 135 de maladies auto-immunes incluant 15 cas de SEP ont été rapportés au réseau national des centres régionaux de pharmacovigilance et au laboratoire producteur.  »

Je me suis demandé pourquoi Henri Joyeux préférait citer directement son collègue, le Professeur Guy Vallancien, pour parler des effets indésirables (EI) graves plutôt que de citer directement le rapport de pharmacovigilance disponible librement sur le site de l’ANSM. La réponse est simple. Guy Vallancien n’aime pas le discours anti-vaccinaliste et il le fait savoir. La source donnée par le Professeur Joyeux pointe directement sur un article de blog de son collègue.  Dans cette article, le Professeur Vallancien flingue sans ménagement ses confrères anti-vaccinalistes qui ont signé une précédente pétition anti-Gardasil. Le moins qu’on puisse dire est que Henri Joyeux a la rancune tenace et n’hésite pas à faire des attaques à peine subtiles…

À propos des chiffres d’EI graves. Ceux-ci sont vrais (cfr rapport de pharmacovigilance). Les anti-vaccinalistes connaissent bien l’impact de chiffres donnés de façon brute. Plus c’est gros, plus ça fait peur. Plusieurs remarques sont nécessaires :

1)  On remarquera que ces chiffres sont accessibles publiquement. Ils ne sont pas cachés.
2)  Il est possible à tout à chacun de déclarer des effets indésirables concernant un médicament auprès de l’ANSM.
3)  Ces chiffres sont à mettre en perspective avec le nombre de doses de vaccin distribuées, soit 127 millions au total depuis la commercialisation du Gardasil en 2006 dont plus de 5 millions de doses pour la France. Ainsi, pour la France, 435 EI graves pour plus de 5 millions de doses, ça équivaut à un risque d’EI grave de 0.009% par dose (~ 435 / 5 000 000 * 100). Un chiffre similaire est constaté aux USA. Il s’agit d’effets graves notifiés, une analyse approfondie des chiffres est nécessaire pour comprendre si oui ou non, il y a lien de causalité. Une enquête épidémiologique de suivi d’une cohorte de jeunes filles nées entre 1992 et 1996 a été réalisée à partir des données du SNIIRAM (Système National d’Information Inter-Régimes de l’Assurance Maladie). Cette étude montre qu’après un suivi de 3 ans, la survenue de SEP ou de maladies auto-immunes (MAI) n’est pas plus fréquente chez les jeunes filles vaccinées que chez les jeunes filles non vaccinées. La notification d’un effet indésirable grave ne signifie pas automatiquement un lien de causalité avec le vaccin. De manière générale, quand on évoque les bienfaits ou les méfaits relatif à la prise d’un médicament, il faut faire attention à ne pas tomber dans le piège du sophisme post hoc ergo procter hoc : une corrélation temporelle entre 2 évènements n’implique pas forcément un lien de causalité.
4)  Toujours pour la France, le risque à vie pour une femme d’attraper le cancer du col de l’utérus et d’en mourir sont de 0.7 et 0.2% respectivement. C’est non négligeable. Imaginez une école comptant 500 filles ou une entreprise comptant 500 femmes. L’une d’entre elles mourra d’un cancer du col de l’utérus. La bataille contre ce cancer constitue un réel défit de santé publique.

Nous aborderons le cas du dépistage plus tard.

Ces jeunes filles aujourd’hui invalides à vie ont pour beaucoup été vaccinées au Gardasil inutilement, alors qu’elles ne faisaient pas partie des populations à risque.

Pourquoi vacciner si jeune ? Pour plusieurs raisons :

1)  Il est par ailleurs nécessaire de vacciner les jeunes filles avant qu’elles ne soient infectées (le vaccin étant peu efficace si elles sont déjà infectées). En effet, la contamination se fait le plus souvent dans les premières années de la vie sexuelle. Les lésions précancéreuses peuvent évoluer en cancer 10 à 15 ans après l’infection.
2)  Les données scientifiques montrent que la réponse immunitaire est meilleure lorsque le vaccin est administré avant 14 ans plutôt qu’après. C’est la raison pour laquelle l’âge a été abaissé dans le calendrier vaccinal 2013.

En Autriche, suite au décès d’une jeune femme vaccinée au Gardasil, un rapport a été publié démontrant que l’efficacité à long terme d’une telle vaccination serait « tout à fait négligeable ». La ministre autrichienne de la Santé, le Dr Andrea Kdolsky, a décidé de retirer les vaccins anti-HPV du programme officiel, de ne plus les rembourser et de mettre plutôt l’accent sur le dépistage. L’Agence Européenne du Médicament (EMEA) a publié le 24 janvier 2008 le décès de femmes préalablement vaccinées par le Gardasil. (…) Dès février 2007, la télévision américaine annonçait par des interviews de graves complications et présentait des victimes du Gardasil vivantes et des photos de jeunes femmes décédées. En France, une plainte a été déposée par la jeune Océane Bourguignon et d’autres jeunes filles contre Sanofi, fabricant du vaccin. Elles ont subi de gravissimes atteintes au cerveau et à la moelle épinière après avoir été vaccinées.

Joli mélange d’argument d’autorité, d’appel à l’émotion et de cherry-picking. En fait, cette vidéo est bourrée de sophismes en tout genre.

Concernant le rapport autrichien : Source ? Que contient-il ? Long terme à combien d’années ? Qui a écrit ce rapport ? Mystère… Pour ce qui est des 2 décès liés au Gardasil, ils ont bien été notifiés par l’EMEA mais aucun lien de causalité n’a pu être formellement établi. Pour le reste, des interviews, des photos, des plaintes déposées ou encore des décisions de justice ne constitueront jamais des preuves scientifiques.

Quid de tous ces autres pays qui ont obtenu de très bons résultats avec la vaccination : USA, Australie, Royaume Uni, Danemark, Nouvelle Zélande, Suède. Ainsi, aux Etats-Unis, avec une couverture vaccinale de 30 % environ dans la population des jeunes filles de 14-19 ans, une diminution de 11,5 à 5,1 % de la prévalence des infections HPV ciblées par Gardasil a été observée entre la période 2003-2006 et la période 2007-2010. Au Royaume-Uni, où la couverture vaccinale est de 65%, la prévalence de l’infection HPV a chuté de 19 % à 6,5 % chez des jeunes filles. En Australie, la vaccination a montré un impact clairement positif.

Quid de tous ces articles de la littérature scientifique et des modèles dont les résultats vont totalement à contre sens de ce rapport ? Pour la France, voir notamment la modélisation réalisée par l’InVS.

Non seulement il peut provoquer des accidents. Mais vacciner à grande échelle les jeunes filles risque de faire reculer la pratique du frottis qui elle, sauve des vies à coup sûr. Car forcément, certaines se diront « je suis vaccinée, je suis protégée  », ce qui est scientifiquement faux.

Opposition entre frottis et vaccination = faux dilemme. Frottis et vaccination sont des outils de prévention complémentaires. Toutes les recommandations de vaccination insistent sur la nécessité d’améliorer le dépistage. Notons d’ailleurs que la vaccination est une prévention dite primaire car elle prévient l’infection, tandis que le dépistage est une prévention dite secondaire car elle ne fait que détecter les infections persistantes ou les lésions une fois présentes. Opposer vaccination et dépistage revient à demander à un chevalier de choisir entre son armure et son bouclier. Le bouclier est comme la vaccination, il empêche de recevoir un coup. L’armure est comme le dépistage, il protège le corps du chevalier quand celui-ci n’a pu parer un coup.

Ensuite, le dépistage a ses limites et n’est pas efficace à 100 %. Concernant la fiabilité du frottis, les taux de faux-positifs sont de l’ordre de 1 à 5 % et les taux de faux-négatifs varient entre 10 à 30%. La recommandation actuelle est un dépistage tous les 3 ans, ce qui permet une diminution de l’incidence de 91 %, pas 100 % (voir page 182 du lien). Pour ce qui est du dépistage organisé, on a constaté en France que dans les départements pilotes, bien que le dépistage organisé du cancer du col de l’utérus augmente significativement, le pourcentage de femmes dépistées  dépasse de peu les 70 % pour les plus performants. La vaccination est donc bien une stratégie complémentaire nécessaire (voir la modélisation de l’InVS).

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Source : InVS. Modélisation médico-économique de l’impact de l’organisation du dépistage du cancer du col utérin et de l’introduction de la vaccination contre les HPV dans le calendrier vaccinal

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Source : InVS. Modélisation médico-économique de l’impact de l’organisation du dépistage du cancer du col utérin et de l’introduction de la vaccination contre les HPV dans le calendrier vaccinal

Pour finir, si effectivement le frottis ne pose de risques particuliers, le recours si nécessaire à la conisation comportent des risques à court terme (hémorragie, douleurs, leucorrhées) et long terme (sténose du col, dysménorrhées, accouchement prématuré) (voir fin page 16 du lien). Le professeur Henri Joyeux tenterait-il de nous cacher certaines choses ?

Bien entendu, les lobbies du tout-pharmaceutique ne se laisseront pas faire. Nous les connaissons bien avec leurs énormes moyens publicitaires. La France représente donc un énorme marché chaque année. Les fabricants de vaccin sont donc prêts à tout pour faire croire que leur produit est sûr… et mettre la main sur le magot. Mais les vies de nos enfants valent plus que leurs profits. Faut-il faire courir le moindre risque à nos enfants pour une maladie facilement détectable et curable avec un suivi régulier chez un gynécologue ? Certainement pas. Avec l’Institut pour la Protection de la Santé Naturelle, nous pouvons être des millions à dire NON A CES VACCINS dans les écoles, non à la vaccination des enfants de 9 ans avec un produit qui n’est peut-être pas efficace et qui est donc potentiellement dangereux voire mortel.

L’IPSN se bat contre les puissants lobbys pharmaceutiques. Pour ce faire, il organise des conférences, édite une newsletter et surtout lance des pétitions. Sur son site, cet institut déclare : L’Institut pour la Protection de la Santé Naturelle (IPSN) recherche aujourd’hui des partenaires institutionnels qui pourront soutenir ses actions tout en acceptant le principe d’une indépendance totale d’action, l’IPSN ayant pour vocation de défendre le bien commun des patients, non les intérêts particulier d’un secteur commercial. Sur cette même page, on apprend que l’IPSN est dirigé par Augustin de Livois et que cet institut possède un Comité d’Ethique et Scientifique constitué d’experts garantissant le sérieux et l’éthique des informations diffusées. Pour commencer, voyons qui est ce Augustin de Livois? Son profil LinkedIn nous apprend qu’il est avocat de formation mais surtout qu’il est expert en activités de lobbying ! Bien… Passons ensuite au Comité d’Éthique et Scientifique. On retrouve notre bon vieux Professeur Henri Joyeux, mais aussi Christian Foissey: fondateur du  groupe pharmaceutique Labo’Life dédié à la Micro-Immunothérapie, approche thérapeutique innovante qui se situe à l’interface entre l’immunologie classique et l’homéopathie ; Jean-François Astier: naturopathe et expert en herboristerie, directeur de la société Natura Mundi ; Henri de Roissart: biochimiste, directeur du laboratoire de compléments nutritionnels Lorica. Quand on lit la page actions, on a bizarrement l’impression de lire la description d’un … institut de lobbying. Bref, c’est donc l’histoire d’un lobby dont le but est de se battre contre les vilains lobbys. Seems legit…

Qui est le Pr. Henri Joyeux ?

Henri Joyeux est Professeur des Universités, mais aussi cancérologue et chirurgien. Il est vrai qu’il n’est pas toujours apprécié par ses collègues. Il dérange !

Oui, il dérange car il utilise son titre pour écrire nombre d’articles anti-vaccination. Je vous invite à explorer l’ensemble de ces publications dans des revues scientifiques, aucune publication concernant les vaccins. Si on peut difficilement contester ses compétences en cancérologie et en chirurgie digestive, on constate que la vaccinologie, l’immunologie et l’épidémiologie ne constituent pas vraiment ses domaines de prédilection. En France, tout le monde connaît le climato-sceptique Claude Allègre qui est… géochimiste, pas climatologue. Ce type a beau être sans doute un scientifique compétent dans son domaine, ça ne l’empêche de raconter des tas de conneries quand il en sort.

Il dérange aussi pour ses convictions religieuses, sa position sur l’homosexualité et l’image de la femme. Il a notamment été président de Familles de France de 2001 à 2013. Cette association défend des positions plutôt conservatrices… Je vous invite à lire cet article d’Henri Joyeux écrit pour l’association Familles de France. Dans les années 80, il a participé à une « étude scientifique » sur les apparitions de la Vierge à Medjugorje. Le groupe d’étude a conclu que « le phénomène des apparitions de Medjugorje […] se révèle être inexplicable scientifiquement ». Cependant, on peut franchement se poser des questions sur la rigueur scientifique de la méthodologie employée (voir ici, ici et ici).

Il dérange encore à cause de ses liens avec Jean Seignalet, Claude Lagarde, Bruno Comby ou encore Marie-Christine Lhermitte. Une joyeuse bande de gai-lurons.

Bref, oui, les positions idéologiques et scientifiques du Professeur Joyeux me dérangent.

Ces graphiques montrent que la vaccination est un mensonge

Les forums et les réseaux sociaux sont d’excellents outils pour diffuser de l’information. Ils permettent ainsi à de nombreuses personnes de recevoir une information différente de celle véhiculée par les médias traditionnels ou, pire, par les autorités publiques. Les nouvelles technologies ont permis aux gens de connaître la vérité et de se battre contre les mensonges.

Parmi ces mensonges, on compte la vaccination. Elle est censée nous protéger des vilaines maladies et sauver de nombreuses vies. Or, ce n’est pas ce que disent les graphiques. Je vous propose de passer en revue quelques uns de ces graphiques. Vous serez sous aucun doute surpris par ce qu’ils montrent.

La mortalité des maladies a décru bien avant l’introduction des vaccins

Commençons avec l’évolution de la mortalité de la rougeole aux USA entre 1900 et 1990. La vaccination est introduite en 1963 et on voit clairement que la mortalité liée à cette maladie a commencé à fortement décliner avant cette date. Oh My God ! comme diraient les Yankees…

Figure 1 Taux de mortalité pour la rougeole aux États-Unis [1900 – 1990]. Apparition du vaccin en 1963.

Maintenant, si l’on regarde un peu plus attentivement ce graphe, on voit que la décroissance de la mortalité commence vers 1915-1920 et suit une forme d’exponentielle décroissante pour commencer à stagner vers les années 50. Si on zoome sur les années 50 à 2000 et qu’on ajoute l’incidence, voici ce qu’on obtient :

Figure 2  Nombre de cas par an de rougeole + nombre de décès par an aux États-Unis [1950 – 2005]. Vaccin introduit en 1963.

Le changement d’échelle ouvre de nouvelles perspectives. Le nombre de cas et de décès chutent brutalement peu après l’introduction du vaccin. En fait, il faut comprendre que le nombre de décès liés à une maladie est le produit de deux facteurs :

 Nombre de décès = Nombre de cas (incidence) * Létalité

La létalité étant la probabilité de décès en cas d’infection. Ainsi, jusqu’au début des années 50, la chute du nombre de décès est surtout due à la chute de la létalité. Après 1963, le vaccin prend le relais en faisant chuter l’incidence de la rougeole.

La létalité associée à de nombreuses maladies a fortement diminué au début du XXième siècle grâce aux progrès de la médecine, à l’amélioration de l’hygiène et à une nourriture de plus en plus variée et abondante. Pour autant, la rougeole continue de tuer aujourd’hui et ce même dans les pays industrialisés. Pour les USA, le CDC (Center for Disease Control) estime la probabilité de décès en cas d’infection par la rougeole à 0.2%. Donc oui, on peut encore mourir de la rougeole dans un pays industrialisé (létalité non nulle) et oui, les vaccins sauvent des vies (en faisant baisser l’incidence).

Pour ce qui est des pays en voie de développement ou pauvres, les maladies à prévention vaccinale font de gros dégâts. Pour l’année 2008, l’OMS a estimé que 1,5 millions d’enfants sont morts de maladies  évitables par les vaccins.  La répartition de ces morts en milliers est donnée dans le tableau ci-dessous :

Mortalité chez les enfants de moins de 5 ans liée à des maladies à prévention vaccinale

Nombre de morts estimé (en milliers) chez les enfants de moins de 5 ans liée à des maladies à prévention vaccinale pour l’année 2008.

En Europe, le nombre de morts liées à la coqueluche, la rougeole ou le tétanos sont inférieurs à 1000 (mais pas 0). Ceci est cohérent avec le graphique montrés ci-dessus. Il n’en est pas de même pour l’Afrique, l’Est de la méditerranée et l’Asie du Sud-Est encore durement touchées par ces maladies. Les raisons sont multiples et concernent certes un manque d’hygiène et de nourriture mais aussi une couverture vaccinale bien inférieure aux autres régions du monde. Par exemple, voici les courbes d’évolution de la couverture vaccinale pour le DTP (Diphtérie – Tétanos – Polio) par région du monde :

Figure 3  Évolution de la couverture vaccinale par région du monde pour le vaccin DTP 3 doses (données OMS).

Certaines mauvaises langues diront qu’il est plus urgent d’améliorer la qualité de vie et l’accès aux soins de santé dans ces régions et que, d’autre part, on verrait alors la mortalité baisser automatiquement. Un vœu pieux qui même avec des efforts considérables mettrait encore de très nombreuses années avant de se réaliser. Sans compter que les maladies dites « bénignes » tuent encore dans les pays dits riches. Bref, chaque année, la vaccination permet d’éviter 2 à 3 millions de décès.

Ça, c’est pour la mortalité. Maintenant, la première raison d’être d’un vaccin est d’éviter l’infection. En évitant l’infection, on évite la souffrance liée à la maladie mais aussi et surtout les diverses complications possibles. Concernant la rougeole, elles apparaissent dans environ 30% des cas et elles se manifestent surtout chez les enfants de moins de 5 ans et chez les adultes de plus de 20 ans. Les pourcentages associés aux différentes complications possibles sont les suivantes (États-Unis) :

  • Diarrhée – 8%
  • Otite – 7%
  • Pneumonie – 6%
  • Encéphalite – 0.1%
  • Convulsions – 0.6-0.7%
  • Mort – 0.2%

Pour terminer cette section et pour bien comprendre le lien entre incidence et vaccination, voici un graphique montrant l’évolution de l’incidence et de la couverture vaccinale pour la coqueluche en Angleterre et au Pays de Galles entre 1940 et 2000 :

Figure 4  Évolution de l’incidence et de la couverture vaccinale pour la coqueluche en Angleterre + Pays de Galles [1940 – 2010].

Comme on peut le voir, l’incidence baisse après l’introduction du vaccin puis repart lorsque la couverture vaccinale s’effondre.

Puisque que l’on parle de la coqueluche, autant en profiter pour énoncer les complications qui lui sont associées. Aux États Unis (pays développé), la moitié des nourrissons de moins de 1 an ayant contracté la coqueluche ont été hospitalisés. Parmi ces derniers :

  • 23% (1 sur 4) auront une pneumonie
  • 1.6% (1-2 sur 100) auront des convulsions
  • 67% (2 sur 3) auront des apnées
  • 0.4% (1 sur 300) auront une encéphalopathie
  • 1.6% (1-2 sur 100) mourront

Chez les adolescents et adultes, les cas de coqueluche nécessitant une hospitalisation sont beaucoup moins fréquents, soit environ 5%. Parmi les cas infectés, on retrouve les probabilités de complications suivantes :

  • 33% (1 sur 3) perdront du poids
  • 28% (1 sur 3) subiront une perte de contrôle de leur vessie
  • 6% (1 sur 16) connaitront des évanouissements
  • 4% (1 sur 25) auront une ou plusieurs côtes fracturées à cause de la toux sévère
  • 2% (1 sur 50) auront une pneumonie

Le nombre de cas rougeole au Canada avait commencé à chuter avant l’introduction du vaccin (les graphiques du Dr. Obomsawin)

Le Dr. Obomsawin est une figure connue dans la communauté vaccino-sceptique. Il a réalisé de nombreux graphes prouvant l’inutilité des vaccins. La plupart concerne l’évolution de la mortalité pour différentes maladies mais il y en a un représentant l’évolution de l’incidence de la rougeole au Canada :

Figure 5  Incidence de la rougeole au Canada entre 1935 et 1983. Premier vaccin introduit en 1963.

On peut y voir que l’incidence de la rougeole a diminué d’environ 90% avant l’introduction du premier vaccin en 1963. Il ne s’agit pas du nombre de morts mais bien du nombre de cas par unité de population et de temps. Cela semble être en contradiction avec ce que nous avons montré au paragraphe précédent. Pourtant, le Dr. Obomsawin a utilisé les données officielles de l’Agence de la santé publique du Canada. Oui mais non. Le cas de ce graphique (très laid par ailleurs) a déjà été traité dans un article du blog anglophone Science-Based Medecine dont vous pouvez trouver une traduction ici. Je vous fais donc la version courte : sous le graphe apparait une légende : « Source : Adapté de la figure 8 du rapport sur l’incidence de la rougeole au Canada« . Le graphique de référence est montré ci-dessous avec, en rouge, la courbe construite à partir des 5 données sélectionnées par la Dr. Obomsawin :

measles-canada_vs_obomsawin

Figure 6  Graphique de référence + courbe du Dr. Obo… pour l’incidence de la rougeole au Canada [1924 – 2004].

À la vue de ce graphe, on remarque tout de suite que le Dr. Obomsawin a sciemment fait disparaître les fortes oscillations qui caractérisent l’incidence de la rougeole. Pourtant, certains personnes toujours persuadées de l’inefficacité des vaccins feront remarquer que l’évolution de l’incidence après 1950 semble montrer que celle-ci tendait déjà vers sa valeur mesurée après la période de non-notification et donc après l’introduction du vaccin. Il suffit de regarder la valeur de l’incidence en 1959, juste avant la période de non-notification. Oui sauf que ce point n’existe pas en réalité. D’ailleurs, sa valeur est justement exactement égale à celle affichée en 1969. Il s’agit d’une simple erreur de dédoublement qui a par la suite été corrigée.  La version corrigée du graphique donne ceci :

Figure 7  Nombre de cas notifiés (bâtonnets) et incidence (courbe) pour la rougeole au Canada [1924 – 2010]. (autre source)

Évidemment, certaines personnes diront qu’il ne s’agit pas d’une erreur mais d’un complot. Il n’existe malheureusement pas de vaccin contre la paranoïa… sauf si il en existe vraiment un et qu’il s’agit d’un complot.

Même après des décennies de vaccination, les maladies à prévention vaccinale sont toujours présentes, y compris dans les pays industrialisés

Entre 2008 et 2011, par exemple, la France a connu un regain de la rougeole :

Figure 8  Nombre de cas de rougeole déclarés en France [2008 – 2012].

Pourtant, la vaccination contre la rougeole a été introduite dans le calendrier vaccinal en 1983, à l’âge de 12-15 mois. Une deuxième dose est introduite en 1996 pour les enfants âgés de 11 à 13 ans, ensuite ramenée à la tranche de 3 à 6 ans en 1997. À partir de 2005, une première dose de ROR (rougeole-oreillons-rubéole) est donnée vers 12 mois et une seconde entre 13 et 24 mois (voir ici et ici, slide 4). Quand on regarde les taux de couverture vaccinale en fonction de l’âge, on voit que la couverture à 1 dose dépasse les 85% pour les enfants 24 mois et les 93% pour les enfants de 6 ans et + à partir de 2002.  Alors pourquoi cette recrudescence constatée à partir de 2008 ?

Pour comprendre, il faut savoir que l’élimination* d’une maladie n’est rendue possible que si le pourcentage de personnes immunisées dépasse le seuil d’immunité de groupe. À partir de ce seuil, une maladie ne parvient plus à se maintenir dans la population. Il est calculé à partir du taux de reproduction de base R0 grâce à la formule suivante :

seuil d’immunité de groupe = 1 – 1/R0

Pour la rougeole, la valeur du R0 est estimée à 12-18. Le seuil d’immunité de groupe est donc de 91-95%, ce qui est très élevé. D’autre part, 5 à 10% des enfants n’ayant reçu qu’une seule dose de vaccin ne seront pas protégés. Ce qui explique que des enfants vaccinés contractent la maladie. D’où la nécessité d’augmenter rapidement la taux de couverture à 2 doses (qui est beaucoup trop bas en France, bien qu’en augmentation). Avec une politique vaccinale d’une seule dose, il faudrait que la couverture vaccinale soit de 100% pour espérer atteindre l’immunité de groupe et ainsi l’élimination de la rougeole.

Quand une politique de vaccination est lancée sans atteindre l’immunité de groupe, on observe une réduction importante du nombre de cas avec des pics de résurgence de la maladie plus ou moins espacés dans le temps. La diminution de l’incidence ralentit la circulation du virus mais, en dessous du seuil d’immunité de groupe, celui-ci persiste en bruit de fond. Avec les années, le réservoir de personnes non immunisées grandit. Lorsque ce réservoir atteint une taille suffisante, un pic épidémique apparait. En 1997, des chercheurs français ont réalisé une modélisation pour prédire l’évolution de la rougeole en France entre 1997 et 2021 selon différents scénarios. Les simulations montraient qu’une couverture de 90% pour une première dose avant 24 mois et de 75% pour une deuxième dose avant 6 ans étaient nécessaires pour aboutir à l’élimination de la rougeole en France. Malheureusement, la couverture 1 dose a péniblement augmenté durant les années 2000 et concernant la couverture 2 doses, on est parti de loin. Bref, il faudra encore attendre pour l’élimination de la rougeole en France et surtout continuer d’augmenter la couverture vaccinale à 1 ET 2 doses.

Autre conséquence d’une vaccination sous-optimale : on observe un phénomène de déplacement en âge parmi les personnes infectées (voir cadre gris dans cet article + calcul du déplacement ici en anglais). Cela a d’ailleurs été le cas pour la rougeole en France :

Évolution de la proportion de cas de rougeole par tranche d'âge en France [1985-1995].

Figure 9  Évolution de la proportion de cas de rougeole par tranche d’âge en France [1985-1995].

Malgré tout, la vaccination contre la rougeole a réussi à faire baisser drastiquement le nombre de cas et ce de manière durable. Signalons que, par le passé, la vaccination contre la variole a permis l’éradication* de cette maladie (R0 = 5-7, seuil d’immunité de groupe = 80-86%). Bref, la vaccination ça marche à condition que tout le monde joue le jeu. D’ailleurs, chers parents, vaccinez vos gosses et si il est recommandé de faire 2 doses, et bien, faites 2 doses. C’est aussi l’occasion de vérifier si vous êtes à jour vous-même…

* À strictement parler, l’élimination et l’éradication d’une maladie n’ont pas la même signification bien que les deux soient souvent confondues. L’élimination concerne la disparition d’une maladie dans une région du monde, alors que l’éradication signifie sa disparition partout sur le globe. 

 

Ce qu’il faut retenir (take home message) :

  • L’évolution de la mortalité n’est pas l’indicateur le plus pertinent pour évaluer l’efficacité d’un vaccin. Un vaccin fera baisser indirectement le nombre de morts en faisant baisser le nombre de cas infectés (cfr Figure 2). L’évolution du nombre de morts dépend aussi de l’évolution de la létalité. En prévenant l’infection, un vaccin permet d’éviter la souffrance liée à la maladie, les hospitalisations dues aux complications et, éventuellement, la mort.
  • Même dans les pays industrialisés, des maladies comme la coqueluche et la rougeole peuvent conduire à l’hospitalisation, voire provoquer la mort. Rappel : la moitié des nourrissons de moins de 1 an contractant la coqueluche aux États Unis seront hospitalisés. Dans les régions comme l’Afrique, l’Est de la méditerranée et l’Asie du Sud-Est, les maladies à prévention vaccinale font plusieurs centaines de milliers de morts par an parmi les enfants de moins de 5 ans.
  • Certaines personnes malveillantes choisissent les points qui les arrangent pour faire leur graphes (cfr Dr. Obomsawin).
  • Pour les maladies transmissibles d’homme à homme, des retours épidémiques restent possibles tant que la couverture vaccinale est sous le seuil d’immunité de groupe. Plus la couverture est grande, plus les pics de résurgence sont espacés dans le temps.